Maurice UTRILLO (1883-1955)

La vie d’Utrillo est largement influencée par celle de sa mère qui n’est autre que Suzanne Valadon, elle même peintre, et Montmartre où il est né, le lendemain de Noël 1883. Maurice, enfant de la butte, la peindra inlassablement au point d’y être associé, plus encore que d’autres peintres de sa génération. Le jeune Maurice est en fait éduqué par sa grand-mère, blanchisseuse, sa mère ayant à peine dix-huit ans à sa naissance.

La famille s’installe rue Cortot en 1899 et vit dans des conditions assez difficiles. A 18 ans, Maurice Utrillo sombre dans l’alcoolisme, qui restera un problème récurrent durant toute sa vie, malgré des soins et des périodes de rémission. Pendant ses séjours à l’asile, le Docteur Etlinger suggère à Suzanne d’apprendre à Utrillo à dessiner. Cette thérapie s’avère formatrice et révèle toute l’étendue de son talent. Il peint le café « le Chat sans queue » et « La guinguette » puis, peu à peu, il se met à peindre régulièrement.


Dès 1907, il commence à vivre de sa peinture et entre dans sa « période blanche », plâtre, colle, blanc de zinc. Elle durera jusqu’à première Guerre mondiale, puis sera suivie de la « période colorée », où les tonalités vives et gaies prédominent, avec un trait plus affirmé. Alternant moments d’apaisement et de troubles, Utrillo subit l’influence de son ami André Utter, dont Suzanne Valadon est tombée follement amoureuse. Celui-ci pendant de longues années régentera la famille, poussant Maurice à produire beaucoup. A nouveau interné en 1925 pour une cure de désintoxication, Utrillo passe l’été en Bretagne. Sa peinture est enfin reconnue et il reçoit la Légion d’honneur en 1929. Il rencontre l’amour avec Lucie Pawels, veuve d’un banquier belge qui était collectionneur des œuvres d’Utrillo. Avec les encouragements de Suzanne Valadon, toujours très présente dans la vie d’Utrillo, ils se marient, en 1935. Initiée par son mari et sa belle-mère, elle peindra d’ailleurs sous le pseudonyme de Lucie Valore. Le couple s’installe au Vésinet et Utrillo y trouve un calme propice à peindre loin des tentations qui l’ont souvent fait sombrer.

En 1938, Suzanne Valadon meurt, laissant un grand vide dans son existence. A 65 ans, Maurice Utrillo est un homme usé qui a presque tout donné de son talent et de son énergie libératrice, voire rédemptrice, dans ses tableaux. Fêté par la critique autant que par le public, Utrillo devient une sorte d’ambassadeur de la peinture française, reçu très officiellement par le Président Auriol et héros d’un film documentaire qui lui est consacré « La vie dramatique de Maurice Utrillo ». Il s’éteint en 1955, à près de 72 ans, à Dax où il était en cure avec sa femme. Et il retrouve son quartier de jeunesse pour son ultime domicile, sorte de pied de nez à son destin, en étant enterré face au Lapin Agile, au cimetière de Montmartre.

Malgré ses hauts et ses bas, ses déboires et ses excès, Maurice Utrillo n’a pas tardé à être remarqué, tant pour son talent personnel que pour sa valeur marchande. Le premier marchand d’Utrillo rencontré par l’intermédiaire de Georges Manzana-Pissarro (fils de Camille Pissarro et peintre lui-même) est Louis Libaude. Il sera ensuite exposé chez Berthe Weil, Paul Guillaume et Bernheim Jeune.
Souvent plagié, pour ses scènes Montmartroises, Maurice Utrillo n’en reste pas moins un peintre unique, inclassable, dont les paysages (maisons, ruelles, villages, églises) recèlent un coin de cette France intemporelle qui séduit toujours les collectionneurs.