Francis GRUBER (1912-1948)

Fils de Jacques Gruber, célèbre maître-verrier de l’Ecole de Nancy, Francis Gruber est très vite considéré comme une enfant prodige, il manifeste un donc exceptionnel pour le dessin et la peinture. Mais, de santé fragile, l’asthme dont il souffre lui évite l’école, il trouve refuge dans les rêves et le fantastique, la littérature autant que la peinture. Il poursuit sa formation à l’académie Scandinave de Paris et côtoie aussi bien Tal Coat que Walch et André Marchand. Dans le Montparnasse des années 40, il fréquente Giacometti et Antonin Artaud. En 1941, il épouse la fille de l’auteur dramatique, Henry Bernstein.

Prix national pour « Nu assis » en 1947, il meurt de tuberculose l’année suivante à l’âge de 36 ans. Indifférent aux recherches de l’art abstrait des années trente, Francis Gruber est un ardent défenseur de la figuration, dont l’expression artistique ne peut être qu’exacerbée par la tragique réalité de la Seconde Guerre mondiale.

Il ne tente à aucun moment « d’échapper à la marche de l’histoire » car, selon lui, « le peintre, sensible avant tout à l’homme, à la vie de l’homme, ne peut qu’être touché profondément par l’événement ». L’artiste exprime ce retour à la figuration en privilégiant la figure humaine qu’il traite par un dessin particulièrement ciselé et intense.

Tout en marquant son retrait face à la question de l’esthétisme, la puissance de l’œuvre de Francis Gruber prend ses racines dans la tradition graphique de Jacques Callot et des graveurs allemands du XVème siècle tels que Bosch, Grünewald ou Dürer. Il devient la figure emblématique de la jeune génération des peintres des années 50. « Gruber fut l’un des plus grands peintres de ce temps, quand toutes valeurs étaient si confuses, et tout jugement obscurci (…) » Lettres françaises du 9/12/1948 Louis Aragon.
Dernières expositions : en 1976 au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 2009 Musée des Beaux-Arts de Nancy, 2009 Musée d’Art Roger Quilliot de Clermont-Ferrand.

 


Biographie

1912

Naissance à Nancy, de Francis Gruber, fils du maître-verrier Jacques Gruber cofondateur de l’École de Nancy en 1901, et de Suzanne Jagielska, son épouse. Jean-Jacques, son frère aîné, le précède de huit ans.

1916

La famille s’installe à Paris, villa d’Alésia. Sujet dès ses premières années à des crises d’asthme récurrentes, Gruber passe son enfance au sein d’une maison pleine de vie qui est aussi un lieu où créateurs et ouvriers artisans travaillent quotidiennement à la mise en œuvre des projets de l’atelier familial.

1924

Dès douze ans, stimulé par un environnement où les questions artistiques sont au centre de la vie, il se consacre à la peinture et au dessin sous l’égide de son père. Avide de lecture, féru de poésie, amateur de contes et de mythologie, il puisera dans cette littérature les sujets allégoriques qui traverseront ses œuvres de jeunesse.

Après s’être inspiré du cubisme et surtout de Braque dont l’atelier était voisin, il découvrira les grands maîtres de la renaissance allemande Altdorfer, Grünewald, Bosch, Dürer, mais aussi Jacques Callot qui marqueront à jamais son imaginaire.

1929 - 1932

Il s’inscrit à l’Académie Scandinave à Montparnasse et suit l’enseignement d’Othon Friez. Il y rencontrera, Pierre Tal Coat, Francis Tailleux, Emmanuel Auricoste.

1933 -1934

Après avoir exposé au Salon des Tuileries et au Salon d’Automne dès 1932, Gruber participe à des expositions collectives. Première exposition personnelle de dessin à l’Académie Ranson  en 1934.

1935

Il peint son premier autoportrait. Les expositions thématiques dans les galeries et les Salons se succèdent. Gruber présente ses œuvres notamment aux côtés de Giacometti, Marchand, Tailleux, Tal Coat.

Il rejoint le mouvement La Maison de la Culture crée par Louis Aragon en 1932,  qui rassemble écrivains et artistes contre la montée du fascisme et la défense de la culture.

1936

Au décès de son père, Gruber s’installe dans l’atelier qui servait à l’exposition des vitraux au premier étage. Il commence « L’Hommage à Lenôtre » pour le Lycée Lakanal à Sceaux. L’œuvre sera entièrement détruite au cours d’une rénovation des bâtiments.

Affirmant ses convictions avec force et la posture de l’artiste en tant que témoin de son temps, il défend le concept de la « peinture d’histoire » et participe à des expositions qui font suite à la « querelle du réalisme ».

1937-1938

Premier Salon des Jeunes Artistes. Exposition « L’Art Cruel » contre la guerre d’Espagne.

L’amitié entre Gruber et Giacometti se renforce. La rue Hyppolite-Maindron et la Villa d’Alésia sont proches et les visites d’ateliers sont fréquentes. Rencontre avec Balthus.

Il séjourne à l’Ile de Ré, où il peint la série des trois « Orages ».

1939-1940

Au moment de la déclaration de guerre, Gruber est en Bretagne chez Tal Coat. En raison de son asthme, il n’est pas mobilisé. Il se replie dans son atelier. Dans cette période sombre, ce lieu de vie et de travail devient la scène dénudée des plus émouvantes de ses œuvres qui sont à rapprocher de celles de Giacometti. Il y termine le portrait de son amie Gertrude Norman, repartie aux Etats-Unis. Cette jeune fille inspirera les figures de « Mélancolie » et de « La Noyée » œuvres de 1941.

1941

Il épouse George Bernstein fille de l’auteur dramatique Henri Bernstein.

Alberto Giacometti a quitté Paris pour Genève laissant Diego à Paris. Ce dernier fréquente quotidiennement la Villa d’Alésia où il trouve chaleur et couvert.

Le jeune couple séjourne le plus souvent à Thomery, en Seine-et-Marne, dans une immense maison sans chauffage. Malgré l’intensification des crises d’asthme due à l’humidité, Gruber est inspiré par l’environnement : les écluses sur la Seine, et surtout par la forêt qui deviendra un des éléments essentiels présent dans ses œuvres futures.

1942

Dans « L’Hommage à Jacques Callot », Gruber exprime les bouleversements de l’époque, comme l’avait fait en son temps le grand artiste lorrain. Un petit bouquet tricolore figurant au premier plan sera censuré par les Allemands. Cette œuvre marquera profondément Giacometti. La période est très productive : Gruber réalise de grandes compositions allégoriques malgré son état de santé qui se détériore de plus en plus. Le diagnostic de la tuberculose est confirmé.

1943-1945

Trois semaines après le décès de sa mère, Suzanne Gruber, naissance de sa fille Catherine. Durant ces temps difficiles économiquement, Gruber, chargé de nouvelles responsabilités, travaille avec ardeur. Il produit des œuvres fortement marquées par la violence de l’époque, hantées par l’image de la mort, qui figurent aujourd’hui dans les collections des plus grands musées, tant en France qu’à l’étranger.

Alberto Giacometti, de retour de Genève, se rend souvent dans l’atelier de Gruber, il y dessine « Le Nu dans l’atelier », conservé au Centre Georges Pompidou.

1946-1947

S’efforçant d’échapper à l’atmosphère chaotique de l’immédiat après guerre, la petite famille tente de reconstruire une nouvelle vie à Belle-Ile, mais le climat humide et l’inconfort épuisent Francis. Il ne parvient pas à travailler et revient à Paris. Brisé par la séparation qui s’avèrera définitive, il peint « l’Amour quitte la terre », comme un écho désespéré au « Triomphe de l’Amour » de sa jeunesse.

En 1947, il reçoit le Prix National de peinture qu’il détruira dans un moment d’égarement éthylique en même temps que le magnifique portrait de sa mère et l’un des grands « Orages ». Sa santé devient de plus en plus précaire. Il consacre le peu de force qui lui reste à ses dernières toiles. Ses amis fidèles Alberto et Diego Giacometti veillent sur lui.

1948

Francis Gruber décède le 1er décembre à 36 ans. Il repose au milieu de la forêt, dans le cimetière de Thomery. Alberto Giacometti a dessiné sa pierre tombale.

« Aragon et Malraux considéraient Francis Gruber comme un chef d’école. On redoutait ses jugements sur la peinture, aussi féroces pour l’œuvre de ses camarades que pour la sienne propre. C’était un enfant de la balle, fils d’un célèbre dessinateur de vitraux. Il était lui-même un remarquable dessinateur au trait tourmenté, affouillant les figures, volontiers virtuose. Il rencontrait la vision du monde pessimiste de son lointain compatriote lorrain Jacques Callot auquel il rendit hommage. Ses personnages émaciés ont souvent été rapprochés des sculptures de Giacometti dans l’après-guerre. Les deux artistes avaient en effet toujours beaucoup à se dire … »

 

« Le Journal de Giacometti » Thierry Dufrêne, Ed. Hazan, 2007.


Gruber-Melancolie

Francis Gruber
"Mélancolie" 1941
huile sur toile 100 x 81 cm

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Francis Gruber
"Le parc" 1941
huile sur toile 81 x 65 cm

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Gruber, Composition, l'orage, 1938

Francis Gruber
"l'orage" 1938
huile sur toile 102 x 102cm

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Femme assise au canapé vert, 1946

Francis Gruber
"Femme assise au canapé vert" 1946
huile sur toile 116 x 89cm

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