Paul SIGNAC (1863-1935)

Signac peint à la manière impressionniste jusqu’à sa rencontre avec Seurat, tournant capital de son œuvre. L’année suivante il fait la connaissance de Pissarro et de Félix Fénéon, critique d’art, futur rédacteur de La Revue Blanche, inventeur de l’appellation Néo-impressionnisme, mouvement dont Seurat et Signac seront les représentants par excellence.

Dès 1886 il adopte la technique divisionniste et la fait évoluer. Les grandes compositions à l’huile sont élaborées à l’atelier et vont progressivement laisser la place à l’aquarelle à laquelle il finira par se consacrer entièrement. La mer tient le rôle majeur dans son œuvre. Marin dans l’âme, il possédera 32 bateaux au cours de sa vie. En 1892 il adopte le port de St-Tropez et peint sur le motif à bord de son bateau.

Marqué par les estampes japonaises jusqu’en 1900, il souligne un temps ses taches colorées d’un trait noir. A partir de 1902, ses aquarelles préfigurent le fauvisme et la libération de la couleur dont Matisse, alors sous l’influence de Signac et Cross, amorce le mouvement. Si l’artiste reste fidèle à un rigoureux divisionnisme dans ses huiles, Signac aquarelliste donne libre cours à sa vivacité naturelle. Il peint en virtuose l’univers changeant de la vie portuaire et des miroitements de l’eau. Travail de premier jet, qui ne souffre aucun repentir, l’aquarelle permet une fragmentation plus libre de la touche, d’une écriture plus spontanée. Son œuvre aquarellée, journal d’un voyageur infatigable, tour de France exhaustif des ports de pêche, est en elle-même un monument. Signac est un maître du genre.

Les dernières expositions qui lui ont été consacrées : en 2001 “Paul Signac” au Grand-Palais - Paris, en 2001 “Signac le marin” à la Galerie de la Presidence, en 2011 “Signac les ports de France” au musée Malraux du Havre puis à la Piscine-musée d’art et d’industrie André Diligent à Roubaix.

Signac-Concarneau-les-thoniers-1932

Paul SIGNAC
"Concarneau, les thoniers" 1932
aquarelle 26,8 x 41,5 cm

Nous contacter pour cette œuvre


 

Signac-Honfleur-la-jetée-1930

Paul SIGNAC
"Honfleur, la jetée" 1930
aquarelle 28,3 x 45,3 cm

Nous contacter pour cette œuvre


 

Signac-Saint-Malo-1927

Paul SIGNAC
"Saint-Malo" 1927
aquarelle 26,5 x 42 cm

Nous contacter pour cette œuvre



Signac-Hennebont-leglise-1922

Paul SIGNAC
"Hennebont, l'église" 1922
aquarelle 30 x 26 cm

Nous contacter pour cette œuvre



 


BIOGRAPHIE

1863 : naissance de Paul Signac à Paris le 11 novembre d’une famille aisée de commerçants selliers. A 16 ans, il prend conscience de sa vocation de peintre. Encore très jeune, achète un Cézanne (sous la risée de ses amis qui, eux, acquièrent des bons russes) et conseille à ses proches d’acheter les impressionnistes (Monet, Degas…)


1882-1883 : fréquente l’atelier de Bin, où il fait la connaissance du père Tanguy. Rencontre Berthe Roblès, cousine éloignée de Pissarro, qu’il épousera dix ans plus tard. Commence à peindre en plein air à Port-en-Bessin, et en particulier à Asnières où il habite. Ses premières œuvres sont marquées par l’influence de Monet et Guillaumin. Jusqu’en 1894, donne à chacun de ses tableaux un « numéro d’Opus » ou des titres évoquent la musique (« Allegro », « Adagio »). Caillebotte, grand marin, l’initie aux plaisirs de la voile. Baptise, par provocation, son premier bateau Manet-Zola-Wagner, les trois noms les plus scandaleux de l’époque. Ne possèdera pas moins de trente-deux bateaux tout au long de sa vie et, le plus souvent en compagnie d’amis peintres, participe régulièrement à des régates dans lesquelles il remporte de nombreuses médailles. Acquiert des connaissances nautiques poussées.
« Il note les primitives figures de proue, les rudes bossoirs. Il dessine le gréement carré des brick-goëlettes (en provençal : brigoulettes) qu’il mesure et dont il précise géométriquement les proportions. Nous avons ainsi de précieux documents d’une Marine disparue. » (« Dernier carnet de voyage » de Signac, commentaires du Dr Charles Cachin, extraits).


1884 : premier Salon des artistes indépendants qu’il présidera à partir de 1908 durant 25 ans. Prendra à cœur cette fonction qui deviendra un véritable sacerdoce. Y fera preuve d’ouverture d’esprit et d’autorité. Grâce à la justesse de son œil, ce salon deviendra un creuset de l’art français moderne. Les créateurs des mouvements fauves, futuriste, voire abstrait, y ont pris leur essor.
Tous les peintres en marge du Salon Officiel y exposent : Angrand, Cross, Dubois-Pillet, Guillaumin, Luce, Redon, Seurat, Signac…
Plus tard les « Fauves » y feront leur apparition. Rencontre Seurat, de quatre ans son ainé, qui devient son ami. Amitié capitale dans l’évolution de son art. Ils louent deux ateliers côte à côte boulevard de Clichy.
S lie avec Guillaumin, peintre impressionniste, en compagnie duquel il peint des paysages de banlieue.
Rend visite au physicien chimiste Chevreul, qui travaille sur les lois optiques et la vision des couleurs (séparées dans la réalité, les couleurs se mélangent sur la rétine).


1885 : dans sa périssoire baptisée Le Hareng saur épileptique (hommage au poème de Charles Cros), accompagne souvent Seurat d’Asnières à l’île de la Jatte. Rencontre Pissarro, le plus ancien des impressionnistes, qui va adopter pour un temps l’esthétique de ses nouveaux amis. Noue des relations amicales avec le critique Félix Fénéon, futur rédacteur en chef de la Revue Blanche, qui soutiendra le mouvement néo-impressionniste tout au long de sa vie. Séjour à Saint-Briac.


1886 : Huitième exposition impressionniste, rue Laffite, à Paris : en compagnie de Seurat, qui montre Un dimanche après-midi à la Grande Jatte, il expose ses premières toiles divisionnistes, dont Les Modistes, Les gazomètres.
Apparition du terme « néo-impressionnisme » sous la plume du critique Félix Fénéon, qui expose la théorie du « mélange optique » : les couleurs pures, juxtaposées en petites touches sur la toile, se recomposent sur la rétine.
Séjours à Fécamp, aux Andelys.


1887 : peint à Saint-Ouen et Asnières en compagnie de Van Gogh. Séjour à Collioure.


1888 : Pissarro lui écrit : « Je vous recommande l’aquarelle, c’est précieux, très pratique. On peut arriver, en quelques minutes, à prendre des notes indispensables, la fluidité d’un ciel, certaines transparences, un tas de petits renseignements qu’un long travail ne peut donner : c’est si fugitif, les effets ! » Salon des XX (Bruxelles) auquel il participera tous les ans, accueilli par Théo Van Rysselberghe et Verhaeren. Ce Salon jouera un rôle important et prendra le nom de La Libre Esthétique après 1894. Séjours à Portrieux, Anvers.


1889 : à Arles, rend visite à son ami Van Gogh interné qui vient de se couper l’oreille. Collabore à l’illustration des ouvrages scientifiques de Charles Henry, ami de Seurat, sur les rythmes et les couleurs. Séjour à Cassis.


1890 : Félix Fénéon publie une monographie de Signac dans la revue Les Hommes d’aujourd’hui. Il y passe sous silence l’antériorité de Seurat dans l’invention de la peinture optique divisée. Seurat, blessé, prend ses distances vis à vis de Fénéon et Signac. Voyage en Italie. Séjours à Saint-Briac, Saint Cast.


1891 : le décès de son ami Seurat, mort de diphtérie à 33 ans, l ‘atteint profondément, en dépit de leurs récents dissensions. Prend le relais et, grâce à son caractère de lutteur, son tempérament dynamique, devient le chef de file du divisionnisme. Séjour à Concarneau où il gagne toutes les médailles sur son bateau L’Olympia.


1892 : s’occupe de la succession de Seurat et organise ses expositions posthumes. Sur les conseils de son ami Cross, entreprend la descente du Canal du Midi avec son bateau L’Olympia (ainsi baptisé en hommage à Manet) en compagnie de Théo Van Rysselberghe. Arrive à Saint-Tropez par fort vent d’Est arrière, exploit que saluent les marins du port en enlevant leurs casquettes. Il y passera six mois par an jusqu’en 1913. C’est le début d’une nouvelle vie : « J’ai de quoi travailler pendant toute mon existence ». Peint ses premières aquarelles à Saint-Tropez. A partir de 1894, jusque vers 1905, certaines sont soulignées de traits discontinus à l’encre de chine tracées à la plume. Bien qu’il n’ait jamais « pointillé » ses aquarelles, il reste fidèle aux principes de la division des couleurs.
Sa passion pour l’aquarelle va grandissant : « Ses amours, la lumière, la mer, les bateaux, les reflets dans les eaux, les nuances toujours changeantes étaient une source d’inspiration inépuisable » (Dr Cachin, op. cité, extraits).
Ses amis viendront le retrouver à Saint-Tropez : Cross, Luce, Marquet, Van Rysselberghe, Verhaeren et plus tard Camoin, Manguin, Valtat… la lumière méditerranéenne influe sur son style et le conduit à adopter une touche plus large, lumineuse et colorée. La rapidité d’exécution et la spontanéité des ses aquarelles lui inspirent une grande liberté de facture. Il élargit la touche de ses huiles et en accentue l’audace chromatique. Sa technique se différencie de celle de Seurat. Il recherche avant tout la luminosité et « la couleur pour la couleur », pure de tout mélange (fidèle aux découvertes de Chevreul, il rejette le mélange chimique des couleurs au profit du « mélange optique », tenant compte de la réaction entre elles des couleurs complémentaires juxtaposées : orange/bleu, vert/rouge, par exemple). A ses yeux, ce n’est plus le sujet qui prévaut, mais davantage les harmonies, les rythmes et les couleurs. C’est en cela qu’il est un peintre moderne. Cette démarche va ouvrir une voie nouvelle aux recherches de nombreux artistes tels Matisse, Derain, les fauves, les futuristes, et même les abstraits, avec Kandinsky, Kupka, Klee, Mondrian, Delaunay… (Cette influence a été, en 1997, le thème de l’exposition des Musées de Munster, Weimar et Grenoble : Signac et la libération de la couleur). Apollinaire écrira en 1913 : « Cette école néo-impressionniste, qui nous paraît aujourd’hui si fermée, est peut-être celle qui a le plus libéré la conscience artistique des jeunes générations ».


1894 : abandonne la pratique de l’huile en plein air et se consacre à l’aquarelle sur le motif. Ses notes, ses esquisses rapides, ses aquarelles, qu’il appelle ses « notations », lui servent pour composer ses huiles à l’atelier.
« Je vous avoue qu’il me semble maintenant impossible d’aller m’asseoir devant un coin de paysage (…) J’aime beaucoup mieux aller dans la nature comme à une bibliothèque, y prendre ce dont j’ai besoin et y laisser soigneusement le tas de choses inutiles et nuisibles. » (lettre de Signac à Fénéon).


1895 : Salon des XX (Bruxelles) : présente une série d’aquarelles.
L’emploi en peinture, chez Signac, d’une touche plus large, dite « mosaïque », devient systématique.


1896 : les œuvres exécutées pendant son voyage en Hollande sont marquées par un ton poétique nouveau (La jetée de Flessingue).
Séjour en Italie.


1897 : achète une villa à Saint-Tropez, La Hune.
Rencontre le comte Kessler, critique et collectionneur passionné du néo-impressionnisme, qui lui organise sa première exposition à Berlin, laquelle aura un grand retentissement et sera suivie de nombreuses expositions en Allemagne. Série d’études du Mont-Saint-Michel.


1899 : publie un ouvrage D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme (analyse de l’évolution qui mène de la touche en virgule de Delacroix à la technique pointillée du néo-impressionnisme), ouvrage qui aura une influence considérable sur plusieurs générations de peintres, en France comme à l’étranger. Voyage à Londres, Grande admiration pour Turner.


1900 : sa technique de l’aquarelle va évoluer jusqu’en 1920. Les traits discontinus à l’encre de chine sont progressivement remplacés par la mine de plomb ou le fusain. « Sur une composition très largement esquissée, il pose quelques notations colorées à l’aide de l’aquarelle transparente, qui laisse jouer le blanc du papier, et parvient à une étourdissante virtuosité. Il est l’un des maîtres de l’aquarelle. » (Marc Sandoz) A partir de cette époque, il entreprend de grands cartons au lavis d’encre de chine, préparatoires à ses toiles, pour en établir la composition.
Plusieurs séjours à Samois.


1904 : Matisse passe l’été, à Saint-Tropez, près de Signac. L’influence de ce dernier est une étape importante dans le cheminement qui conduit Matisse à une libération de la couleur. Matisse peint Luxe, calme et volupté (Musée d’Orsay, Paris), toile aux principes divisionnistes, où il utilise toute l’intensité lumineuse de sa palette et que Signac lui achètera. Cette expérience est pour Matisse le passage nécessaire pour parvenir à la domination de la couleur qui l’amènera au fauvisme. Premier séjour à Venise.


1906 : voyage en Hollande où il peint des aquarelles.


1907 : voyage à Constantinople.


1908 : voyage en Italie (Sienne, Rome, Pérouse, Venise, Florence, Vérone).


1910 : peint les ponts de Paris et en particulier les inondations de janvier. Il signe son courrier « Signac, aquarelliste ».


1911 : voyages à La Rochelle, aux Sables-d’Olonne.


1913/1919 : quitte Saint-Tropez pour s’installer à Antibes avec sa seconde femme, Jeanne Selmersheim-Desgrange, peintre, laquelle lui donne une fille, Ginette. Cette dernière, en 1934, épousera le docteur Cachin, qui se passionnera pour l’œuvre de son beau-père, auquel il se lie d’affection et qui lui communiquera son amour de l’aquarelle.


1913 : fait construire son 8ème bateau, Sindbad.


1914 : la guerre le bouleverse. Très affecté, il ralentit son activité de peintre. Noue des relations d’amitié avec Romain Rolland, Charles Vildrac et Blaise Cendras.


1915 : nommé peintre au Département de la Marine.


1920/1930 : durant les quinze dernières années de sa vie, se consacre essentiellement à l’aquarelle, d’une facture de plus en plus libre et légère.
Retourne souvent en Bretagne et en Normandie…
Se rend au Mont Blanc, à Sallanches (1920).


1920/1927 : séjours à La Rochelle en compagnie de Marquet, et à Saint-Paul de Vence, où il rencontre Dufy, André Marchand, Friesz.


1922 : publication d’une monographie sur Signac par Lucie Cousturier (peintre, propriétaire de la toile La Grande Jatte, de Seurat, actuellement à Chicago) :
« Dans aucune de ses aquarelles, Signac ne lave ni n’essuie, pas plus qu’il ne modèle : il écrit légèrement, délicatement… il écrit avec les lueurs de la nacre et le beau du papier, des poèmes sur la splendeur de l’eau. » (Lucie Cousturier, extraits)


1924 : séjours à Lézardrieux (1923-1930) où il loue  une maison pour rayonner dans la région. Peint les inondations de Paris de 1924, 1925 et 1926.


1928 : loue une maison à Viviers sur le Rhône, région qu’il explore régulièrement car elle se trouve sur la route entre Saint-Tropez et Paris.


1925/1930 : nombreux séjours dans la Vallée du Rhône, en Bretagne, en Normandie et dans le Sud de la France.


1927 : publication de son livre sur Jongkind, véritable traité sur l’aquarelle.
« La peinture à l’huile demande un travail permanent devant un motif permanent. Elle a des exigences qui restreignent le répertoire, en privant le peintre des ressources de l’instantané. La matière s’y oppose. (…) L’aquarelliste, lui, peut noter tout ce qui passe, tout ce qui vient introduire la vie et la variété dans le motif permanent. Son matériel simplifié lui permet de triompher des éléments et de noter, même dans les conditions extérieures les plus défavorables, les effets les plus fugitifs. (…) la rapidité de l’exécution, l’exiguïté du format l’empêchent aussi de s’encombrer de détails qui viendraient figer la sensation. (…) Si une peinture à l’huile peu couverte est une faiblesse, une aquarelle trop chargée est une erreur… » (extraits)


1929/1932 : sur commande d’un mécène, Gaston Levy, Signac peint une centaine d’aquarelle des ports français, sillonnant la France de port en port. « Dresser la catalogue de son œuvre, c’est placer des points de repère presque uniquement au long des côtes françaises. » (Georges Besson).
Après les destructions de la guerre de 1940, certaines de ses aquarelles constituent des documents irremplaçables sur des « paysages disparus ».


1930/1935 : séjours à Barfleur où il achète une maison sur le port.


1934 : rétrospective au Petit-Palais, Paris.


1935 : découvre la Corse qui l’éblouit. Peint ses dernières aquarelles.
Le 15 août, Signac meurt à 72 ans, d’une crise d’urémie. Enterré au Père-Lachaise.

 

 

 


Haut de page