Georges ROUAULT (1871-1958)

Dès l’âge de l’âge de quatorze ans, Georges Rouault devient apprenti chez un maître-verrier puis en 1891, il entre aux Arts Décoratifs. Il est pris sous l’aile protectrice de Gustave Moreau qui en fait son élève préféré. Hélas, il subit deux échecs au concours du prix de Rome, ce qui ne l’empêche pas de participer à la fondation du Salon d’automne en 1903, aux côtés de Matisse et Marquet. Il peint alors essentiellement des scènes religieuses et des paysages. Il se lie également d’amitié avec les écrivains J.K. Huysmans et Léon Bloy, qui influenceront sa peinture. La même année, il est nommé conservateur du musée Gustave Moreau qui vient d’ouvrir, peu après la mort du maître, qui avait fait don à l’Etat de son atelier en 1897. Jusqu’à la première guerre mondiale, Rouault aborde les thèmes liés à une observation critique de la société, juges, avocats, mais aussi lutte des classes où il s’intéresse aussi bien aux miséreux, aux émigrés, aux filles de joie qu’aux riches. Cette quête de la vérité, est aussi pour lui une forme de cri de révolte où il s’exprime à travers les formes et les couleurs.


Son dessin est parfois caricatural, tragique, toujours pertinent, fort et violent. En 1908, il épouse, Marthe Le Sidaner, sœur du peintre, Henri-Eugène Le Sidaner (1862-1939). Les références de Rouault sont visibles ; Daumier, Degas, Toulouse-Lautrec et Forain. Il bénéficie d’une première rétrospective en 1910 chez Druet. Sa commisération pour ceux qui souffrent et travaillent dur est évidente. A sa façon, il en dénonce les outrances dans « Les réincarnations du Père Ubu ».

Au lendemain de la guerre, il choisit de peindre les banlieues désertes, en y ajoutant la présence du Christ, figure d’autant plus importante pour lui qu’il se sent ancré dans le catholicisme et qu’il revendique cette foi parce qu’elle lui permet de présenter une humanité souffrante avec le visage de Jésus. Il recherche dans cette quête, et dans cette expression, une forme de Passion, comme celle que l’on peut admirer dans « Le Christ moqué par les soldats ». Durant ses années, 1917-27, Rouault se passionne pour la gravure: cirque, maternité, figure christique, il s’exprime avec vigueur et passion.

Collectionneurs et marchands reconnaissent la puissance de son œuvre, dont la notoriété a traversé l’Atlantique. En 1938, le Musée d’Art moderne de New York expose son œuvre gravée. A sa mort, en 1958, il a droit à des obsèques officielles qui sont la reconnaissance d’une vie et d’une carrière au service de ses convictions et de son art, sans compromis. Une exigence telle que Rouault n’a pas hésité à bruler trois cents de ses tableaux, sans doute persuadé qu’ils n’étaient pas à hauteur de ce que son maître Gustave Moreau lui avait enseigné. Depuis, le prestige de Georges Rouault, principalement en tant que coloriste et graveur n’a cessé de croître, au-delà de nos frontières, jusqu’au Japon.